Des maisons de retraite : pour qui ?
«Le vieillissement n’est pas l’émergence d’un nouveau marché, mais l’arrivée d’un nouveau besoin auquel il faut répondre»
Il faut peut être passer un peu de temps à regarder ce qu’est le vieillissement de la population française pour poser les bonnes questions, afin d’espérer apporter des réponses cohérentes aux problèmes posés.
L’évolution est ancienne, continue et durable. Pour la première fois, nous nous trouvons dans une situation où, pour une génération travaillant, deux peuvent être à la retraite. C’est la signature du vieillissement de la population, 31% de la population française aura plus de 60 ans en 2030 contre 18% en 1975 (DIACT).
Une étude de la DIACT* et des chiffres de l’INSEE* nous permettent de mieux appréhender la réalité :
1. L’augmentation des personnes âgées et le vieillissement de la population est un phénomène massif. (INSEE)
2. L’espérance de vie, qui était en 2007 de 78 ans pour les hommes et de 84 ans pour les femmes, sera respectivement en 2030 de 82 ans et 87 ans. (Diact)
3. L’âge de la dépendance, qui en 2000 était de 78,5 ans, va passer à 84,5 ans en 2040.
4. L’espérance de vie en bonne santé, qui était de 60 ans en 1995, est passée à 62 ans en 2005. On se rend compte avec cet indicateur que l’espérance de vie augmente plus vite que l’espoir de rester en bonne santé.
Ces chiffres font apparaître que l’allongement de la vie et le recul de l’âge de la dépendance obligent à réfléchir la période de la retraite de manière différenciée selon l’âge des personnes.
Si les services d’aide et de maintien à domicile ont progressé, il reste beaucoup à faire.
La question de la maison de retraite devient cruciale car les personnes qui en ont besoin sont de plus en plus âgées, et la génération de leurs enfants sont ou arrivent à la retraite.
Nous ne sommes pas sur un terrain vierge. Il existe une répartition cantonale de la population qui ne recoupe pas forcément la répartition cantonale des établissements d’accueil. La population de la communauté de communes est de 23 600 habitants, les communes de Bédée, Breteil et Pleumeleuc représentent 10 200 habitants pour lesquels aucun établissement n’existe. Il y a donc légitimité à ce que la commune de Bédée se positionne pour la mise en place sur son territoire d’un établissement d’accueil.
Il existe un schéma départemental gérontologique qui prévoit la création de 2275 nouvelles places d’hébergement pour personnes âgées dans les prochaines années.
C’est dans ce cadre, que la réflexion sur l’implantation d’une maison de retraite à Bédée doit être conduite.
Il nous faudra prendre en compte quelques éléments de réflexions qui seront déterminants pour la mise en place d’un service public d’accueil des personnes âgées.
En Bretagne, les places d’accueil n’ont pas suivi le vieillissement de la population, le déficit est important.
Les besoins en postes de travail à créer dans les établissements d’accueil pour obtenir un taux de présence comparable aux autres Etats européens sont estimés par l’étude de la DIACT à 180 000.
Le Mensuel des Maisons de retraite nous apprend que :
« Les groupes commerciaux sont aujourd'hui le principal moteur de la création de places nouvelles. Entre un secteur public handicapé par des procédures contraignantes de marchés publics et un secteur associatif qui manque de financements, ils sont aujourd'hui à l'origine de plus de sept établissements nouveaux sur dix ».
Une petite étude réalisée sur les maisons de retraite qui donnent leurs tarifs sur le site du Conseil Général d’Ille et Vilaine donne les résultats suivants* :
Souvent les groupes privés à but lucratif ont, en parallèle à leur activité d’accueil de personnes âgées, une activité immobilière ayant pour objet de vendre des maisons ou des appartements en défiscalisation à des investisseurs qui veulent trouver une rémunération au capital investi. C’est cette situation qui bien souvent explique les écarts de tarifs entre les différents types d’établissements.
C’est dans ce cadre social et économique que se pose la question de la maison de retraite à Bédée. Les questions auxquelles il faut répondre sont :
Pour qui et pour quel service veut-on construire une maison de retraite ?
A quelles conditions sociales les résidents parviennent-ils à reconstruire un équilibre de vie dans ce qui sera leur dernière demeure ? Comment relèvent-ils le double défi de l’institution : s’approprier l’espace et occuper son temps ?
Comment intégrer dans la commune comme espace intergérénationel une maison de retraite pour qu’elle ne devienne pas un ghetto ?
C’est donc un vrai débat citoyen qui doit s’instaurer dans la commune pour que la collectivité s’approprie ce problème afin que les réponses apportées fassent prévaloir les intérêts des personnes âgées.
Patrick BOUGEARD
Cette réfléxion sera prolongée au mois d'octobre par un café-conférence, dont les dates seront annoncées sur le blog : Café conférence . A bientôt !